

La dépendance du tout-petit à l’adulte qui prend soin de lui est aujourd’hui bien connue, bien reconnue. Mais qu’en est-il de ce qu’elle implique dans la réciprocité ? Dans la dépendance de cet adulte qui se consacre à ce tout-petit, devant trouver sa place, son rythme et s’accorder sans se désaccorder ?
Après de nombreuses semaines d’attente, d’interrogations, de doutes mais aussi de bonheurs très particuliers créés par ce bébé en mouvement dans le giron maternel, voici le temps de sa naissance.
Le temps de la rencontre entre ce bébé et ces adultes présents. Une rencontre avec son océan d’émotions, d’étonnements, de sensations multiples et de découvertes. Ce « nouveau-né », il porte bien son nom, arrive dans cet univers aérien, sans avoir rien connu de semblable auparavant. Tout est première fois pour lui. Il n’a aucun repère, aucune expérience de cette vie sur terre. Totalement dépendant des adultes qui l’accueillent, Il a besoin d’aide, d’accompagnement, d’attention de manière constante. Il a ce besoin vital si puissant d’attachement grâce auquel il pourra construire une confiance dans ce monde qui l’entoure et devenir peu à peu autonome.
Tout seul, il ne peut vivre ni même survivre
Bien que ses compétences de nouveau-né soient multiples, il est au début de sa vie « aérienne », totalement dépendant des postures et des réponses des adultes. Bien plus, il ne peut subvenir seul à ses besoins vitaux. Ce n’est qu’au fil du temps, à travers ses relations, ses expériences, ses repères et ses différentes acquisitions que son autonomie se développera, se précisera, lui permettant de faire de plus en plus de choses tout seul, mais il lui faudra beaucoup de temps, de répétitions, et de présences d’adultes disponibles. Chaque mouvement, chaque son, chaque sensation s’inscrira dans le registre de ses acquisitions qui se préciseront, se complexifieront pour devenir habiletés et langages sur les chemins tortueux de ses apprentissages.
Il lui faudra du temps et de la bienveillance pour que la confiance guide ses essais pour les transformer en compétences.
L’autonomie est vitale, elle est finalement l’histoire d’une vie
Elle est cette conquête que nous commençons dès notre naissance et que nous préservons toute notre vie en espérant ne jamais la perdre. Elle rime avec la liberté et la force de se sentir capable. Elle donne des ailes, renforce l’estime de soi, s’accorde avec l’ambition et l’envie d’aller toujours plus haut. Elle est cette véritable aventure au cœur de notre développement où les chemins peuvent parfois être escarpés, difficiles, incertains, ou peut-être surprenant, inattendus, incroyables. L’autonomie est le résultat de la maturation de notre cerveau qui permet de prendre de la distance avec le groupe social en marchant, en s’opposant et c’est en grande partie inné. Pour le tout-petit, la construction de son autonomie est accompagnée, pas à pas, où l’adulte le rassure, le guide, lui construit ce cadre compréhensible pour qu’il ne se mette pas en danger. C’est une attention, une disponibilité de tous les instants pour cet adulte qui porte, berce, parle, chante, rêve… Avec ce tout petit bébé.
Quand la dépendance du tout-petit trouble l’autonomie de l’adulte
Prendre soin d’un bébé, fait partie de cet équilibre à construire, où il est important que chacun trouve sa place. Aussi c’est parfois tout un monde de représentations à construire ou à déconstruire… Peut-être.
Juliette, 3 mois, est installée aux creux des bras de sa maman. Elle tète le sein tout en la « dévorant « des yeux. Leurs regards sont intenses, plongés dans celui de l’autre. Moment suspendu où la maman est tout pour Juliette et où Juliette est cet amour inconditionnel, ce bébé, cette petite fille à qui sa maman donne cette si précieuse attention.
La dépendance du tout petit à l’adulte s’exprime à travers ses besoins auxquels il faut répondre, encore et encore, sans relâche, sans temporalité choisie. C’est un « tout tout de suite » naturel qui va, au fil des jours s’inscrire dans un rythme plus repéré par le parent. Les premières habitudes permettront en effet, de construire des repères importants tant pour le parent que pour le bébé. Mais quelle endurance partagée !
La dépendance du tout petit est très fatigante pour l’adulte. Ce sont des moments parfois difficiles où le parent semble être aspiré dans ces réponses à trouver. Les sollicitations du bébé sont constantes, dans un rythme imprévisible. Il faut être bien présent pour nourrir, soigner, rester vigilant, jouer, s’adapter à ce bébé qui grandit si vite. L’adulte apprend alors à se décentrer de lui tout en tentant de ne pas s’oublier. Il est en recherche d’équilibre constant.
Un focus particulier
Répondre aux besoins de l’enfant, c’est savoir être focus, pour ne pas laisser de côtés ces multiples petits indices qui parlent de ses émotions, de sa santé, de ses besoins immédiats. Ils rendent visibles ces besoins de bras, de portage, de tendresse, d’attachement, qui seront les fondements de sa future autonomie. Ainsi, le parent se focalise sur ces demandes, en s’excluant peut-être parfois… Du reste du monde.
Il construit une exclusivité particulière. Critiquée par certain, admirée par d’autre, il lui faudra alors trouver un équilibre pour n’exclure personne tout en répondant au plus juste à ce bébé aux désirs immédiats.
Une dépendance valorisante
Il y a dans le « prendre soin » une valeur ajoutée à la relation. On devient, de fait, important pour l’autre, indispensable dans sa survie. Il se construit des places particulières, des reconnaissances mutuelles pour que les demandes et les réponses dialoguent et permettent à cet enfant d’avoir confiance dans cet adulte qui le regarde, l’estime et s’émerveille de ses acquisitions.
Lorsque cette re-connaissance se construit au rythme des réponses adaptées de l’adulte, l’enfant expérimente et par répétitions acharnées construit les prémices de son autonomie. Il lui faudra du temps… Beaucoup de temps.
Et en collectivité ?
Voici bien là toute la difficulté de ces besoins fondamentaux d’individualité des tout-petits dans un contexte collectif où les disponibilités des adultes sont, de fait morcelées par le nombre d’enfants. Il est ainsi très important de réfléchir en équipe sur cette notion de dépendance pour que petits et grands s’y retrouvent sans se perdre dans des exclusivités clivantes.
La dépendance fait partie de l’attachement. En étant dépendant, le petit d’Homme comprend ce qu’il faut faire pour devenir autonome.
Par l’exemple et l’accompagnement, il construit ses propres compétences. Ainsi se tisse sa confiance en lui et en les autres pour se tourner vers le monde qui l’accueille. Lentement, jour après jour, il sort de cette dépendance. L’autonomie n’est plus très loin mais l’histoire de chacun ne nous dit pas à quel âge réellement elle sera totalement acquise !
Christine Schuhl
Octobre2026