Lorsque la peur domine l’éducation

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Lorsque la peur domine l’éducation

Quel sens pour l’enfant ?

 

 

Depuis le début de nos civilisations, notre regard, mais surtout nos connaissances sur le petit enfant ont considérablement changé. Nous sommes passés d’une espérance de vie du nouveau-né, fragile et incertaine à la reconnaissance de son humanité au cœur de nos sociétés. La philosophie, la pédagogie, la sociologie et bien d’autres disciplines encore nous éclairent depuis de nombreuses années sur le développement de l’enfant, de ses besoins vitaux et incontournables.

Comme dans beaucoup de domaines, les courants éducatifs rythment les époques. Des plus autoritaires au plus laxistes, chacun y va de ses croyances parfois confondues avec des connaissances, de ses craintes, de ses fantômes ou d’un plus commun : « on m’a dit que… », « Je crois que… »

L’éducation de nos enfants se construit à la lueur de notre société

Regardons notre société. Quelle est cet état d’esprit dans lequel nos dirigeants nous entrainent ? Quelles sont ces tonalités si puissantes de la peur et de la culpabilité pour imposer de nouvelles politiques ?

Les médias nous infligent et nous perdent dans des cascades de mauvaises nouvelles, et lorsque l’on parle éducation, le manque de moyens criant paralyse beaucoup d’initiatives.

La Bien-traitance devient une lutte bien plus qu’un engagement , tant la peur fige l’essence même de la bienveillance.

Pour contraindre notre société, qui pourrait prendre un peu trop de libertés, il faut faire peur, et ce, dès le plus jeune âge !

Une pratique appelée « time out » envahit le monde de l’éducation

Écartant les droits internationaux de l’enfant, sacrifiant les besoins fondamentaux et vitaux du tout-petit, le « Time-out » serait une des solutions pour enfin imposer les règles des adultes aux enfants. Ainsi, habituer les enfants dès un an à se retrouver seul dans leur chambre, porte fermée, après avoir fait « une bêtise « serait le prix à payer pour l’enfant, sans scrupule pour nous les adultes. Menacer l’enfant d’une exclusion plus longue en cas de refus serait une solution à ces crises répétées pour ces enfants qui ne se plieraient pas à la volonté immédiate de l’adulte. Bien plus, ce serait « l’éprouvée » de la frustration qui permettrait d’intégrer les règles…

Que s’est-il passé pour en arriver à ce point de violence ? Comment cette violence évidente a pu se déguiser à ce point pour devenir une recette éducative pour une génération de parents parfois perdus dans les multiples solutions proposées tant par la presse que sur les réseaux sociaux ? ne serait-elle pas le résultat de notre société qui exige, toujours plus… De comparaisons, d’envies, d’évaluations, de contrôles ?

 

C’est oublier ce qu’est un enfant

C’est oublier son développement, ses compétences, ses « possibles » et ses « impossibles » que de revendiquer cette violence éducative qui n’a rien d’ordinaire.

C’est montrer à ces tout jeunes enfants les capacités et les souhaits des adultes à s’installer dans un rapport de force, de contrôle et parfois de délation lorsque l’enfant n’a pas écouté ou compris la demande de l’adulte. Les menaces, les punitions trahissent la confiance en l’adulte, humilient l’enfant.  

A ne pas entendre ni prendre en compte la fragilité de ce tout-petit dans ce besoin de sécurité affective vital, nous passons immanquablement à côté de notre devoir d’éducation, de respect et de développement des générations futures.

Des pièges visibles et invisibles

L’un des principaux pièges de cette violence est que le résultat attendu (de l’enfant qui se calme) est souvent immédiat et très visible car par résignation, peur ou résilience, l’enfant s’arrête dans un semblant de calme. Cependant les conséquences psychologiques, émotionnelles, restent souvent très longtemps invisibles. Des blessures profondes, autour de la confiance en soi et des autres, la culpabilité, retardent le développement ou se réveillent de nombreuses années plus tard, entrainant parfois des escalades de violences parentales, conjugales, contre soi-même ou au cœur de toute relation.

Ainsi des « recettes » éducatives apparaissent comme des solutions adéquates. Énoncées hors contexte, elles permettent de ne plus se poser de question tout en ouvrant le champ de toutes les violences possibles. Elles deviennent le moyen le plus simple mais aussi le plus dangereux pour contrôler et… Oublier de réfléchir…

Et si nous faisions un pas de côté ?

Si nous regardions cet enfant, sans apriori, sans jugement, dans une véritable égalité humaine. Il est un petit d’homme. Il a besoin de l’adulte pour vivre, il a besoin d’une sécurité affective fiable et continue. Cette sécurité affective construit les appuis sur lesquels il prendra son envol pour devenir un adulte fiable et respectueux de lui-même et des autres.

Alors faisons ensemble ce pas de côté, pour réveiller notre bon sens, parce que l’enfant a besoin de nous, de nos talents, de notre respect authentique et véritable pour grandir dans ce monde qu’il construira à son tour.

C’est redonner de la force à notre humanité collective.


Christine Schuhl                                            

 

 

 

1 Comment

  1. Hamidouche Myriam dit :

    Malheureusement,dure réalité, douces violences répétées au quotidien qui a long terme sont néfastes pour le devenir de l’enfant, merci beaucoup Mme Schuhl pour cet éveil

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